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SI TU SAIS Tu vois le Trou, le Noir, empreintes léonines, Toi qui marches le long et ne regardes pas! Là, ton frère est parti... du plus discret trépas, Comme un tribut versé pour prix des origines. - Mort, dis-tu? Et de quoi? Ou de faim? Ou de froid? - Et de faim et de froid. Et de la différence De peau. Ici, l'horreur assassine en silence Nos fils; et l'oubli tue, une seconde fois. - Quoi? Ils l'auront tué et tu as pu te taire? - C'est que... je ne sais pas écrire, tu comprends? L'humble se tait. Souvent son courage se rend Quand il faudrait crier pour remuer la terre. Il fut un temps béni autant qu'il m'en souvienne, La terre nous aimait; nous étions ses enfants. C'était un temps d'avant, un temps d'avant les camps. Mon Dieu! Qu'un tel malheur jamais ne nous revienne. Mon fils, je le revois, je revois ses manières Lorsque par jeu ses soeurs ceignaient son front dressé D'enfant-roi, de feuillage en couronne tressé Aux arômes volés aux berges des rivières. Nous buvions insouciants la magie des étoiles, Le soir autour des feux, quand la nuit nous cachait Des gendarmes. Le jour, souvent, l'on nous chassait. La guerre du destin parachevait la toile. Les rires se sont tus aux arrêtés de guerre Et la fête sauvage est partie en fumée. La tribu millénaire au sol est arrimée, Stupide, démunie, oubliée de la terre. Lors, le père impuissant à nourrir sa famille Tord son bras de douleur et de honte cachée Car les gens du voyage ont cessé de marcher. Bientôt sur eux des camps s'est refermée la grille. Vinrent mort, spoliation: perte ajoutée aux pertes Et deuils aux deuils encore et à l'internement. J'ai perdu mon aînée, à son tour cet enfant Dont mes bras ont porté le petit corps inerte. - Quel destin? Quelle loi? Vois les larmes me viennent; Qu'on jetât en prison sous couvert d'hérésie Ceux qui d'un lourd fardeau ne voient que poésie, Comme un secret d'antan dont seuls ils se souviennent. S'il fallait, et il faut, un jour quitter la route, C'est le temps qui le veut, mais pas à un tel prix D'abandon, sans compter tout ce qui vous fut pris, Jamais rendu. Peuple étrange qui nous déroute! ***** Je crois à la raison pour éclairer le monde, A la culture aussi. J'y crois et y croirai, Quand bien même j'aurais une angoisse profonde A penser qu'aujourd'hui, tout recommencerait. Laura Goult. |
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Vidéo rassemblant quelques séquences de la Cérémonie en hommage aux victimes tsiganes du samedi 26 avril 2008. Depuis, par arrété de la Direction Départementale des Affaires Culturelles des Pays de la Loire en date du 8 juillet 2010, (arrêté DRAC n° 2010/264) relatif à l'inscription au titre des monuments historiques des vestiges du camp d'internement de tsiganes à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), ont été classés monuments historiques les vestiges suivants: " la prison, le réfectoire, l'école, l'infirmerie, les water collectifs, les logements." |