Dans le contexte du conflit armé avec l'Allemagne, et s'appuyant sur l'article 3 de la loi du 16 juillet 1912 visant à réglementer la circulation des nomades sous l'autorité de la police et de la gendarmerie, un décret signé le 6 avril 1940 par Albert Lebrun, président de la République, ordonne l'assignation à résidence des nomades sur l'ensemble du territoire français.

    Le 8 novembre 1941, le site d'une poudrerie créée au début de la guerre à Montreuil-Bellay dans le Maine et Loire, déjà utilisé pour des prisonniers de guerre, fut transformé en camp d'internement de nomades, jusqu'à devenir le lieu le plus important de concentration de Tsiganes en France de 1941 à 1944, date à laquelle la quasi-totalité d'entre eux  fut libérée sur justification  d'un domicile fixe, avant que ne soit décidé, au début de l'année suivante, en janvier 1945,  de mettre un terme à l'internement des nomades à Montreuil-Bellay et de transférer les derniers Tsiganes encore présents  dans d'autres camps. A partir de là,  le camp de Montreuil-Bellay se transformait encore pour recevoir une population  nouvelle,  et ce, jusqu'à sa fermeture définitive en 1946. 
   
   Il va sans dire qu' à Montreuil-Bellay comme dans tous les camps, les conditions de détention et de vie dans les baraques étaient d'une extrême rigueur, l'état sanitaire précaire et la nourriture insuffisante.

   Ce bref rappel des faits, bien évidemment non exhaustif, ne vise qu'à situer le contexte du décès de l'enfant Maurice C. au camp de Montreuil-Bellay.
   Le 19 septembre 1942, en effet, Maurice C., âgé de trois ans, y mourut. Son décès, sans signes pathognomoniques, serait lié à la malnutrition.


    Ce poème lui est dédié: 



SI TU SAIS
   
   
   

Tu vois le Trou, le Noir, empreintes léonines,
Toi qui marches le long et ne regardes pas!
Là, ton frère est parti... du plus discret trépas,
Comme un tribut versé pour prix des origines.

- Mort, dis-tu? Et de quoi? Ou de faim? Ou de froid?
- Et de faim et de froid. Et de la différence
De peau. Ici, l'horreur assassine en silence
Nos fils; et l'oubli tue, une seconde fois.

- Quoi? Ils l'auront tué et tu as pu te taire?
- C'est que... je ne sais pas écrire, tu comprends?
L'humble se tait. Souvent son courage se rend
Quand il faudrait crier pour remuer la terre.


Il fut un temps béni autant qu'il m'en souvienne,
La terre nous aimait; nous étions ses enfants.
C'était un temps d'avant, un temps d'avant les camps.
Mon Dieu! Qu'un tel malheur jamais ne nous revienne.

Mon fils, je le revois, je revois ses manières
Lorsque par jeu ses soeurs ceignaient son front dressé
D'enfant-roi, de feuillage en couronne tressé
Aux arômes volés aux berges des rivières.

Nous buvions insouciants la magie des étoiles,
Le soir autour des feux, quand la nuit nous cachait
Des gendarmes. Le jour, souvent, l'on nous chassait.
La guerre du destin parachevait la toile.

Les rires se sont tus aux arrêtés de guerre
Et la fête sauvage est partie en fumée.
La tribu millénaire au sol est arrimée,
Stupide, démunie, oubliée de la terre.

Lors, le père impuissant à nourrir sa famille
Tord son bras de douleur et de honte cachée
Car les gens du voyage ont cessé de marcher.
Bientôt sur eux des camps s'est refermée la grille.

Vinrent mort, spoliation: perte ajoutée aux pertes
Et deuils aux deuils encore et à l'internement.
J'ai perdu mon aînée, à son tour cet enfant
Dont mes bras ont porté le petit corps inerte.

- Quel destin? Quelle loi? Vois les larmes me viennent;
Qu'on jetât en prison sous couvert d'hérésie
Ceux qui d'un lourd fardeau ne voient que poésie,
Comme un secret d'antan dont seuls ils se souviennent.

S'il fallait, et il faut, un jour quitter la route,
C'est le temps qui le veut, mais pas à un tel prix
D'abandon, sans compter tout ce qui vous fut pris,
Jamais rendu. Peuple étrange qui nous déroute!


*****

Je crois à la raison pour éclairer le monde,
A la culture aussi. J'y crois et y croirai,
Quand bien même j'aurais une angoisse profonde
A penser qu'aujourd'hui, tout recommencerait.



                                                             Laura Goult.

 










   Vidéo rassemblant quelques séquences de la Cérémonie en hommage aux victimes tsiganes du samedi 26 avril 2008.

   Depuis,  par arrété de la Direction Départementale des Affaires Culturelles des Pays de la Loire en date du 8 juillet 2010,  (arrêté DRAC n° 2010/264) relatif à l'inscription au titre des monuments historiques des vestiges du camp d'internement de tsiganes à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), ont été classés monuments historiques les vestiges suivants: " la prison, le réfectoire, l'école, l'infirmerie, les water collectifs, les logements."


 





 



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